Il y a une subtilité du vocabulaire à laquelle je me suis souvent heurtée, depuis que j’ai sorti mon premier roman : dois-je dire qu’il est auto-édité, ou auto-publié ? Est-ce la même chose ? Quelle est la différence ?

Jusqu’ici j’utilisais les deux termes sans réelle distinction. De fait, en France, pour ce qui est du vocabulaire, on ne fait pas toujours le distinguo (j’utilise ce mot pour la première fois de ma vie) entre l’édition et la publication d’un livre, et il en va de même pour l’auto-édition et l’auto-publication.

Dans l’édition traditionnelle française, une maison d’édition (appelé simplement “éditeur” le plus souvent) édite ET publie les livres.

Chez les américains par exemple, d’après ce que j’ai compris, editor et publisher sont mieux différenciés :

– Le publisher (ou publishing company) est l’entité qui publie le livre, c’est-à-dire qui achète les droits, met son logo sur la couverture, et gère la distribution et la vente du livre (l’équivalent de la maison d’édition en France, donc) ;

– L’editor est celui qui édite le texte, c’est-à-dire qui le met en page, qui propose des corrections et des améliorations… Un bon éditeur est quelqu’un qui sait magnifier un texte, chercher les petites bêtes que l’auteur n’est plus capable de déceler, tout en s’adaptant au style de l’auteur, ce qui est à mon avis tout un art ! Il travaille soit directement au sein de la maison d’édition (publishing company), soit en tant qu’éditeur indépendant.

Pour sortir leurs livres, les auteurs américains ont le choix entre :

– chercher un publisher, et l’editor fera a priori partie de cette même publishing company ;

– passer par le self-publishing (auto-publication, donc). Et soit faire aussi du self-editing, soit faire appel aux services d’un editor indépendant.

Au final, que ce soit en France ou aux Etats-Unis, c’est la maison d’édition qui s’occupe à la fois d’éditer et de publier un livre. Pourtant, un auteur américain ne dit pas qu’il cherche un éditeur, mais un publisher. C’est surtout une question de vocabulaire, mais il y a aussi une subtile différence culturelle…

L’auto-publication est un marché plus développé aux Etats-Unis qu’en France. Certains auteurs y font toute leur carrière en s’auto-publiant, par choix, ce qui est beaucoup plus rare en France (ne me demandez pas de chiffres, je ne fais qu’énoncer des on-dits et des ressentis de ce que j’ai perçu sur la toile, pas très journalistique tout ça…). Une chose est marquante ceci dit : un conseil qui est donné aux auteurs américains qui s’auto-publient est de ne pas s’auto-éditer. Même dans le monde de l’auto-publication américaine, il est reconnu qu’avoir un éditeur extérieur est très important…

Article de Ksenia Anske, en anglais : Why editors are important.

Bien sûr, quel que soit le pays, on dit aux auteurs qui s’auto-éditent de se faire relire par quelqu’un d’extérieur avant !! On appelle ça un bêta-lecteur. Simplement, aux Etats-Unis, certains ont professionnalisé l’activité du beta reader, un cran au-dessus, pour en faire leur métier et se faire payer, en tant qu’editor. En France aussi, certains en ont fait leur métier, mais s’ils se font appeler “éditeurs”, ils prennent le risque de se faire regarder de haut…

Car en France, utiliser le mot “éditeur” pour parler de quelqu’un qui facture l’édition d’un texte est controversé. Un auteur peut payer pour l’édition de son texte (relecture, corrections et mise en page) s’il n’a pas envie de s’occuper de la mise en page et ne trouve pas de bêta-lecteur fiable dans son entourage. Mais attention à ne pas confondre cela avec de l’édition à compte d’auteur, cas dans lequel l’auteur paie pour l’édition ET la publication (donc perd les droits de son oeuvre). (pour plus d’explications, lire mon article sur les différents modes d’édition).

Ils sont plus friands d’intermédiaires, Outre-Altantique. Et peut-être sont-ils moins attachés aux schémas et hiérarchies bien établis ? D’ailleurs, dans l’édition classique américaine, même entre l’auteur et le publisher, il y a un intermédiaire : l’agent littéraire. Ce sera l’objet d’un autre article… à suivre :-)