Raconter sa vie, c’est pas bien. 3615 Raconte ta life. Tout ne tourne pas autour de toi. Tes états d’âme, c’est égocentrique. Ton point de vue est étriqué, sors de ta bulle. Qu’est-ce que tu te la pètes ! Des gens meurent dans d’atroces souffrances dans le monde, arrête de ressasser à propos ta dernière révélation transcendantale…

Certains conditionnements ont la carapace dure.

J’en parlais déjà dans un article pour ma résolution du début d’année (En 2016, j’arrête de m’excuser d’être) : trop partager est mon talent. Talent = passion + travail. J’aime partager, en particulier par l’écriture, et à force de partager et d’écrire, ça devient un talent. À force…

J’aime les auteurs qui parlent d’eux, qui racontent leurs vies, qui ne cachent pas leurs imperfections, qui le font avec humour. Ça m’inspire beaucoup ! J’ai en tête une auteure américaine que j’adore, Elizabeth Gilbert, qui a écrit entre autres le fameux best-seller Mange, Prie, Aime (le livre, pas le film). C’est du racontage de vie par excellence, et à aucun moment dans ma lecture ne me suis-je dit : « Bon, elle devrait peut-être un peu arrêter d’étaler ses états d’âme, et aller sauver les enfants qui meurent de faim et aider les ours blancs à ne pas disparaitre, maintenant. » J’ai simplement adoré lire son livre, et maintenant, elle m’inspire, je l’aime, elle a contribué à ma vie et je lui en suis reconnaissante.

Ceci dit, il m’arrive de lire des textes dans lesquels l’auteur parle de lui, de lui, encore de lui, toujours de lui, je me mets en mode jugements il-raconte-trop-sa-vie, et je m’en vais. La différence entre ces auteurs qui-racontent-trop-leur-vie, et Elizabeth Gilbert, c’est que la voix n’est pas la même. « Je » ne parle pas au même niveau, et surtout, n’a pas le même objectif.

Raconter sa vie, ce n’est pas mal. C’est se raconter sa vie sans parvenir à sortir des histoires que l’on se raconte en boucle sur soi-même, et du coup ne pas évoluer, qui est dommage. Qu’on le fasse publiquement ou pas d’ailleurs. Raconter sa vie pour s’entendre la raconter, et oublier la notion de contribution, c’est dommage, et moi ça me fait passer mon chemin. Oui, je suis vigilante à ne pas tourner en rond dans mes déboires psycho-émotionnels (des fois je rate), et à ne pas étaler des illusions sur moi-même pour les renforcer. Je fais attention à l’authenticité, sans laquelle raconter ma vie resterait mon ego qui veut être vu, acclamé, plaint, rassuré, critiqué, que sais-je encore, pour exister.

J’écris pour moi, mais j’ai toujours le lecteur en tête… Pas pour me censurer parce que ça-risque-de-ne-pas-plaire-aux-lecteurs, mais parce que je suis à l’écoute de mes lecteurs, je les respecte, du mieux que je peux. Sinon je peux me contenter de mon journal intime.

Secret d’écrivain : se mettre à la place des lecteurs lorsqu’on écrit, et les respecter. Avoir à cœur qu’ils ne perdent pas leur temps. Tout en écrivant, quand même, toujours, pour soi avant tout.

Attention : se mettre à la place des lecteurs n’a rien à voir avec j’espère-que-je-vais-avoir-une-bonne-note-à-ma-rédaction. Hélas, ça peut perdurer longtemps, cette histoire, j’en sais quelque chose…

Ok, je ne dis pas que j’écris sans ego, ni que je suis comme la plume qui vole au gré du vent sans attachements à la gloire et au succès…

Du mieux que je peux. Des erreurs par ci par là, c’est ainsi que je progresse.

Apporter ma contribution au monde ? N’est-ce pas un peu prétentieux, ça ? Chuuut, petite voix auto-sabotrice, chuuuut. Merci pour ta mesure et tes mises en garde protectrices, mais si je n’écoute que toi, je n’avance pas bien loin. Aucun ‘N’est-ce pas un peu prétentieux, ça ?’ n’a jamais changé le monde.

Et puis il y a la pudeur, aussi, qui est une affaire personnelle. Certains dévoilent tout de leur vie, d’autres protègent… La pudeur, c’est une question personnelle, jamais une question de c’est mal / c’est bien / attention à ce qu’on va en penser. Je répète : la pudeur, c’est une affaire personnelle, une question de personnalité, qui est comme elle est, qui se construit sur des rencontres, des blessures, des modèles, des valeurs… et il n’y a rien à en juger.

Etant assez pudique (et parce que ma vie n’est pas non plus extatiquement passionnante, même si ça dépend de comment on la raconte), j’ai trouvé un moyen imparable pour raconter ma vie de manière plus ou moins déguisée (quelqu’un est-il dupe ?) : j’écris des romans. J’invente des personnages, et je raconte ma vie à travers eux. Il y a de moi dans tous mes personnages. Il y a mon passé, mon quotidien et mon avenir fantasmé dans toutes les scènes. C’est un retournement subtile, une manière de contourner les barrières de la pudeur, tout en me permettant de laisser s’exprimer mon imagination pour inventer des intrigues et des rebondissements de ouf qui tiendront le lecteur en haleine… Et tout ça dans l’objectif de changer le monde, bien sûr. Pour le faire évoluer dans une direction pleine de bisounours et d’arc-en-ciels qui se font des bisous.

Bisounours et arc-en-ciels mis à part, vous ai-je dit que j’ai commencé à écrire mon deuxième roman ? Ça va parler de gens méchants. Si si, ça existe… ce qui ne constitue n’est pas une raison valable pour vivre cachée et ne pas raconter ma vie.