Il y a quelques jours, Camille a partagé sur facebook la participation de Florence au concours de nouvelles d’aufeminin. Un concours annuel qui a l’objectif de découvrir de nouveaux talents littéraires et propulser leur carrière d’écrivain. Rien que ça !

J’ai trouvé l’idée alléchante… Et si c’était ça, la solution pour propulser ma carrière d’écrivain ? Ecrire une courte nouvelle de 3000 signes sur un thème au choix, me faire repérer par aufeminin, et hop, début de la gloire ?

Mon enthousiasme a commencé à s’emballer, et puis…

Non, mais ça ne se fait pas pour Florence, je lui copie son idée (être une copieuse, c’est mââl). La fameuse peur de réussir pour ne pas écraser l’autre…

Non, mais ne laisse pas passer ta chance, Véronique, tu as rendez-vous avec ton destin, là…

Non, mais ça va, je n’ai rien gagné du tout, je n’ai même pas écrit de nouvelle encore…

Non, mais…

Bon, ça va, on a compris.

Un concours littéraire, c’est encore, toujours, ce schéma que je fuis à tout prix : un jury extérieur et des sélectionnés. Des meilleurs et des moins bons. Des populaires (le public peut voter) et des gros loosers qu’ont pas d’amis et que personne n’aime.

Vous savez ce qu’il y a de bien avec mes questionnements actuels d’écrivain pas (encore) éditée et inconnue (pour l’instant) ? C’est que j’apprends à échouer, j’apprends à ne pas réussir, du moins pas avec facilité et du premier coup. J’apprends à tâtonner. Et chemin faisant, j’apprends à vraiment écouter MA voix et suivre MA voie. Pas la voie toute tracée et FACILE et ILLUSOIRE que j’ai suivie pendant longtemps et qu’il m’arrive encore de lorgner du coin de l’oeil.

Je ne vais pas vous faire pleurer sur mon passé de bonne élève qui avait des bonnes notes sans en glander une (si je voulais vous faire pleurer, de rire, je vous parlerais plutôt de mes prouesses en EPS). Oui, être un bon élève est un indicateur assez fiable sur la réussite sociale à venir. Mais ça ne gage en rien de la réussite personnelle (le bonheur, la sérénité, la paix intérieure, toussa). Parce qu’à force de réussir sans avoir à ne fournir aucun effort, on s’habitue à ne fournir aucun effort, voyez-vous. Et quand il faut fournir un effort, s’accrocher, persévérer, pour se hisser plus haut que la facilité, et bien… C’est un tout nouvel apprentissage. Parce que tout à coup, on choisit sa voie non pas par facilité, mais par CHOIX, par ENVIE, par JOIE. Un tout nouvel apprentissage, je vous assure. Et je ne parle même pas de ce que peut devenir la notion de réussite sociale entre temps…

Je ne dénigre ABSOLUMENT PAS les concours littéraires et leurs participants.

D’ailleurs, j’ai déjà participé à des concours de nouvelles. Il y a sept ans, au moment où l’idée que, “peut-être”, c’était écrivain que je voulais être (et dire), j’ai même gagné un concours de nouvelles. La cinquième place, sur cinq lauréats. C’était parfait. C’était juste ce dont ma confiance en moi avait besoin, que des inconnus me disent que ce que j’écrivais n’était pas trop nul, sans pour autant me donner la première place.

Sept ans plus tard, j’écris cet article… Il parait que c’est un cycle, sept ans.

Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de confiance en moi, j’ai dépassé ce stade. Aujourd’hui, je veux suivre ma voie à ma façon, et voilà, c’est vrai, j’ai une non-envie carabinée d’être meilleure que les autres. Je ne VEUX PAS être dans une situation d’être moins bonne ou meilleure que d’autres. Plus jamais. Plus jamais de jury extérieur pour décider de ma vie. Plus jamais d’attente d’un résultat à un concours pour avancer.

À vingt ans, j’ai passé des concours d’ingénieur. En fonction de mon classement à ces concours, je pouvais intégrer telle ou telle école dans ma liste de voeux. À quelques places près dans le classement, je n’ai pas été admise à mon premier choix (une école à Nancy), mais ai obtenu mon deuxième choix (une école à Bordeaux). Cela n’aurait pas été si grave, si au même moment, mon copain n’avait pas intégré une école à… Nancy ! Mon Dieu, maintenant que j’y repense, quelle connerie, de se laisser dicter la vie par un résultat à un classement ! Mais à l’époque, l’idée ne m’a pas une seconde effleuré l’esprit que j’étais libre, que je n’avais pas à subir 900km entre mon chéri et moi, que des milliers d’autres chemins étaient possibles… J’ai juste déménagé à Bordeaux et déprimé pendant des mois.

Je raconte tout cela, mais si je regardais avec une honnêteté complète ma vie actuelle, je suis certaine que je pourrais y trouver des non-choix, des choses que je subis sans même qu’une seconde l’idée ne m’effleure que je suis libre…

Mollo-mollo, chaque chose en son temps. Si toute ma liberté me remonte d’un coup à la figure, je risque d’exploser à ne pas savoir quoi en faire, de tout ce pouvoir à créer ma vie.

Je me construis un paradigme de vie sans meilleurs ni moins bons, juste des potentiels qui s’expriment et illuminent. Dit comme ça, ça peut paraitre un peu pompeux. Je m’en fous. Vraiment, j’y tiens, à ne pas être meilleure que les autres et à ne pas gagner face à un jury et d’autres candidats. Je veux juste être MOI.

C’est pour cette même raison que j’ai retiré l’ebook de mon premier roman d’Amazon et que je l’ai mis en téléchargement libre sur mon site, parce que je ne voulais plus être dans une course au Top 100 sur Amazon, à suivre les règles de quelqu’un d’autre sur ce qu’est, ou non, la réussite.

Ceci dit, Florence et tous les autres participants au concours auféminin ne vivent certainement pas dans le même paradigme que moi, alors pour lire la nouvelle de Florence, et voter si elle vous plait, c’est ICI.

Et si vous participez vous-même, envoyez-moi le lien ! Vous avez jusqu’au 1er novembre.

Allez, je vous avoue tout : en vérité, je m’étais décidée à y participer, à ce concours, malgré cette reflexion intérieure sur la liberté et tralala. Concours ou pas concours, éditeur ou pas éditeur, l’important, c’est que je n’attends plus le résultat d’un avis extérieur pour avancer. Néanmoins, autant mettre le plus de chances possibles de son côté (et savoir accepter l’échec sans le prendre comme un jugement fatidique)… Et puis, j’ai lu le règlement du concours. Il faut habiter en France métropolitaine ou pays francophone pour participer. Je vis à Londres. Tout ça pour ça… Du coup, j’ai écrit cet article.