Le crowdfunding, financement participatif en français, est une manière de financer un projet de plus en plus utilisée pour les projet créatifs. Se prête-t-il bien à la publication d’un livre ? Je pense que oui, surtout si l’auteur souhaite se lancer dans l’auto-édition.

Le principe du crowdfunding est d’en appeler à la générosité du public, et de récolter suffisamment de fonds pour mener à bien un projet, à l’avance. Si beaucoup de personnes participent, même avec de petites sommes comme un ou quelques euros, on peut atteindre des sommes suffisantes pour sécuriser financièrement le projet, et pour s’assurer de pouvoir le financer avant même son lancement.

Contreparties

Le crowdfunding fonctionne le plus souvent par un système de contreparties : on donne de l’argent en avance pour financer un projet, et on reçoit une contrepartie une fois le projet finalisé. Il ne s’agit donc pas de pure générosité. Il y a des paliers dans les contreparties proposées : si quelqu’un participe au projet à hauteur de 3 euros, il aura une contrepartie différente de quelqu’un qui finance à hauteur de plusieurs dizaines d’euros.

Dans le cas de l’édition d’un roman, la contrepartie la plus évidente est le livre en lui-même, mais on peut proposer d’autres contreparties. Voici des exemples, par ordre croissant de financement :

– le nom de la personne dans les remerciements,
– un marque-page dédicacé,
– l’ebook du livre,
– le livre en version papier, dédicacé,
– X exemplaires du livre en version papier,
– une nouvelle inédite écrite rien que pour la personne,
– etc.

Ces exemples sont des classiques, chacun peut être plus ou moins original dans les contreparties qu’il propose.

Ainsi, l’auteur qui s’auto-édite via le crowdfunding sait, avant d’éditer son livre, combien d’exemplaires il aura besoin d’imprimer, puisqu’ils sont déjà « payés », un peu comme une pré-commande. Il peut donc imprimer un grand nombre d’exemplaires de son livre, et réduire le cout de l’impression à l’unité (soit en passant par une imprimerie, soit en impression à la demande puisque certains sites font des réductions pour les grosses commandes)

Description du projet

Le crowdfunding n’est pas là pour permettre à un auteur de faire des bénéfices, a priori, mais bien pour lancer son projet sans avancer d’argent. C’est-à-dire que dans la description de son projet, il doit détailler de combien il a besoin d’argent, et de pour quoi il en a besoin. En plus de l’impression et de l’envoi des exemplaires-contreparties, il peut avoir besoin d’argent pour, par exemple :

– Payer un graphiste/artiste pour réaliser la couverture du livre de manière professionnelle ;

– Payer un correcteur, voire un éditeur professionnel (dans le sens d’un éditeur qui va relire et proposer des améliorations pour le texte, c’est-à-dire qui va fournir un service payant, pas dans le sens d’une maison d’édition), pour parfaire l’orthographe, la mise en page, etc ;

– Financer des campagnes de publicité pour faire connaître le livre ;

– Financer l’impression et l’envoi de manuscrits à des éditeurs si l’auteur souhaite essayer d’être publié à compte d’éditeur (et sachant que l’on conseille aux auteurs inconnus d’envoyer leurs manuscrits à beaucoup de maisons d’édition pour espérer avoir une chance, ça peut couter cher) ;

– Imprimer des exemplaires supplémentaires : certains choisissent d’imprimer un nombre d’exemplaires plus important que ce qu’ils « vendent » sous la forme de contreparties. Ils auront donc, grâce au crowdfunding, des exemplaires restants à vendre sur lesquels ils tireront des droits d’auteur, ou à envoyer gratuitement à des personnes susceptibles de leur faire de la pub (blogueurs, journalistes, libraires, etc.), ou juste à offrir à des gens qu’ils aiment bien.

– etc…

Le mieux, pour s’inspirer, est encore d’aller sur des sites de crowdfunding, et de voir ce que d’autres auteurs proposent. Voici deux exemples de sites de crowdfunding connus, il y en a beaucoup d’autres : ululekisskissbankbank, etc…

Voici l’exemple de Mademoiselle Cordélia qui sort son premier roman : ICI 

Mon avis

J’adore ce système de crowdfunding. Pour un prochain livre, je pense que je fonctionnerai ainsi, notamment pour financer l’impression et l’envoi de manuscrits à des maisons d’édition, tout en autant auto-publiant mon livre pour qu’il soit lu avant de trouver un éditeur (s’il en trouve un !).

Il est clair que pour une campagne de crowdfunding réussie, il faut travailler la présentation, la communication (blog, réseaux sociaux, vidéos youtube, etc), et se donner à fond pour faire connaitre le projet. Même en passant par le crowdfunding, on retrouve les fameuses questions existentielles propres à l’auto-édition de “comment se faire connaitre sans passer pour le relou du siècle ?” Il faut aussi faire ses calculs, ses prévisions de couts, et essayer de tout prendre en compte pour ne pas se planter. C’est donc du boulot et de l’organisation ! Mais le cadre est là, déjà, tout prêt.

Moi-même, j’ai plaisir à participer à ce genre de projets. Il ne s’agit pas simplement d’une pré-commande pour acheter un livre, mais de participer au projet de son auteur, de l’aider à avancer vers sa concrétisation : cela implique le lecteur avant même qu’il n’ait lu le livre, il y a une véritable notion d’échange et de partage. Je trouve ça top. J’aime aussi beaucoup la transparence qu’il y a derrière ce système.

J’aurais, je pense, beaucoup moins de mal à demander aux gens à participer financièrement à de futurs projets d’écriture avec le crowdfunding, plutôt que de leur « vendre » mon livre déjà tout préparé toute seule dans mon coin. Je ne suis toujours pas à l’aise avec l’idée de vendre. Le serai-je un jour ? Pourtant, au final, crowdfunding ou boutique en ligne, ça revient un peu au même, c’est juste le ton qui change… Non ? Ah, demander, tout un art

Et mon premier roman, alors ?

Pourquoi n’ai-je pas personnellement utilisé ce système pour mon premier roman ? Pour plusieurs raisons :

– J’ai sorti mon roman quand j’étais enceinte de 8 mois de mon deuxième fils. J’avais une date butoir assez peu flexible, je voulais avoir tout bouclé avant d’accoucher, et ne plus avoir à me préoccuper de rien ensuite. Je savais que dans les mois qui allaient venir, je n’aurais ni le temps ni l’envie d’imprimer des exemplaires de mon roman, de les dédicacer, et de les envoyer moi-même. Par ailleurs, vivant en Angleterre, ce n’était pas forcément intéressant par rapport aux frais d’envoi. J’ai donc préféré mettre mon roman en ligne, et disponible à la commande sur un site d’impression à la demande… Et j’ai attendu… Et il ne s’est pas passé grand chose. Bon. Maintenant, je sais qu’il ne suffit pas de mettre son livre en vente sur une plateforme pour qu’il se vende comme par magie, mais c’est une autre histoire…

– Je n’avais pas de public à qui m’adresser pour la campagne du crowdfunding. J’aurais pu demander à mes amis, à ma famille, j’aurais certainement trouvé des gens ravis de participer à mon projet, qui auraient partagé autour d’eux et m’auraient aidé à atteindre la somme nécessaire. Mais je n’avais pas envie. Je n’étais pas prête à demander de l’aide, à écrire des emails, à faire des vidéos de présentation. C’était mon premier roman, je sortais de l’ombre, j’étais encore timide sur le sujet… Je n’avais juste pas envie. Aujourd’hui, j’ai deux blogs, un lectorat, j’ai déjà fait mon coming out d’écrivain, les choses sont différentes.

– J’étais suffisamment inexpérimentée (naïve, quoi) pour espérer percer via le système des classements des ventes sur Amazon. Or, en passant par le crowdfunding, on se prive de ventes sur Amazon, donc on réduit fortement ses chances d’apparaitre dans ce classement. Aujourd’hui, je suis un peu plus réaliste sur la manière dont ça fonctionne, et je ne suis plus du tout dans l’optique de me placer haut dans un quelconque classement.

Une étape

Le crowdfunding, pour moi, c’est un grand oui ! Pour le lancement d’un livre auto-édité, ça me semble être une voie royale. Du moins, pour un premier roman, voire pour un deuxième, peut-être pas au dixième… Bien sûr, le lancement est une chose, continuer à se faire connaitre ensuite en est une autre. Le crowdfunding est une étape.

La vie, c’est des étapes.

Philosophe, hein ?