Lorsque j’ai mis mon roman en téléchargement libre sur mon site internet, je le concevais comme un partage qui, pour ne pas être biaisé, se devait de suivre une règle indispensable : l’anonymat du lecteur. La seule trace gardée étant celle du nombre de téléchargements (qui ne correspond a priori pas au nombre de lectures, puisque certains lecteurs téléchargent plusieurs fois, d’autres téléchargent sans lire du tout, ou en ne lisant que quelques pages…). Cet anonymat faisait partie de ce que je considérais comme une “vraie gratuité”.

Deux mois et une centaine de téléchargements plus tard, ça ne me convient plus. J’ai besoin d’un échange.

J’imaginais recevoir plus de retours, que plus de lecteurs m’écriraient pour me dire ce qu’ils avaient pensé de mon roman.

Je commence à comprendre que pour la majorité des lecteurs, ce n’est pas si facile, qu’ils aient apprécié ou non. Soit c’est une envie spontanée, soit ça ne l’est pas, mais je ne peux pas “attendre” des lecteurs qu’ils m’écrivent tous d’eux-mêmes pour me faire part de leur avis. Une telle attente engendre frustration et déception chez moi, et sentiments contradictoires chez le lecteur. Moi-même, pour être honnête, je n’aime pas faire de retours aux auteurs, même pour des livres que j’ai adorés. C’est bougrement personnel, la lecture d’un roman, en fait !

Ça fait partie du jeu, quand on rend publique une partie de nous : on ne contrôle plus tout.

Mon objectif, avec la gratuité, était d’être dans le partage pour me faire connaitre. Ce n’est pas un savant calcul de manipulation cachée, sans non plus être un don purement à sens unique de ma part.

Si je suis vraiment à l’écoute de ce que je ressens (et pas dans un idéal idealisé spirituel et détaché de ce que je devrais ressentir de manière altruiste et pure et confiante et généreuse sans rien attendre en retour parce que l’univers me le rendra et l’autre c’est moi et blablabla…) j’ai besoin de sentir que je reçois en retour, et d’être dans la joie du partage. Sinon, ça me coute, et ce n’est plus bienveillant envers moi-même.

L’argent n’est qu’une monnaie d’échange parmi d’autres. L’échange peut avoir lieu sans argent, mais je veux un échange.

Et puis, parait-il, quand on télécharge quelque chose gratuitement, puisqu’il n’y a pas d’engagement (monétaire), on serait moins enclin à lire que quelque chose d’acheté. Il faudrait donc un engagement… Mais quoi ?

Il y a quelque chose que je ne m’étais jusqu’ici jamais autorisée à faire. C’est une technique de web-marketing bien connue. Beaucoup l’utilisent sans complexes, moi je suis longtemps restée bloquée sur l’idée que c’était de la manipulation. Cette technique ? Proposer quelque chose au téléchargement gratuitement, en échange d’une adresse e-mail.

“Pour recevoir gratuitement mon super ebook qui tue la mort, entrez votre adresse e-mail et vous recevrez un lien pour le téléchargement!”… (Et pouf, comme par magie, vous serez aussi abonné à ma newsletter.)

Je me disais qu’en faisant cela, certains n’oseraient pas lire le roman. Je me disais que si quelqu’un voulait s’abonner à ma newsletter, bah il chercherait le lien pour ma newsletter, s’abonnerait, et point barre, pas besoin de mettre des pop-ups clignotants de partout pour les “inciter” à le faire.

Moi, je n’aime pas inciter. Être suivie par des gens à qui j’aurais un peu forcé la main ne m’intéresse pas.

Mais entre “inciter” et “demander”, il existe des nuances… Demander est un art que je ne maitrise pas tout à fait. Je m’entraine, je vais apprendre. Tout comme je m’entraine à ne plus m’excuser.

Cette technique de web-marketing reste relativement anonyme dans la mesure où il m’est difficile de savoir qui se cache derrière des adresses email telles que joiedevivre@gmail.com ou jaimelespissenlits@ouistiti.fr… Mon roman va continuer à circuler et être lu hors de mon contrôle. Ce tour de passe-passe de web-marketing ne me donne pas l’illusion de contrôler grand chose, mais au moins, j’ai le sentiment de recevoir en retour, de manière plus palpable, via ma liste d’abonnés.

Je reste transparente. Je précise aux lecteurs qu’en plus de recevoir un lien pour le téléchargement, ils seront aussi abonnés à ma newsletter mensuelle. Ceux à qui ça ne plait pas peuvent se désabonner n’importe quand. Ou ne pas me lire. Ou acheter le livre sur Amazon, où l’échange se fait sous la forme classique de l’argent (et où je n’ai pas la moindre idée de qui achète).

Je ne sais pas si ça aura valeur d’engagement pour le lecteur, mais la prochaine newsletter lui rappellera de l’existence de mon roman s’il l’a téléchargé sans le lire. À moi d’écrire des newsletters intéressantes… (je n’en ai écrit qu’une pour l’instant, j’attends d’avoir des choses à dire).

Oui, j’ai beaucoup de mal avec le monde du web-marketing… Tous les bisounours qui liront cet article comprendront de quel genre d’arc-en-ciel je viens. Mais j’apprends, j’apprends. Je commence à réaliser qu’on peut le faire sans perdre son authenticité, sans rentrer dans la manipulation… Et surtout, que l’essentiel est d’écouter son ressenti.

Qui dit auto-édition, dit attirer des lecteurs, dit se faire connaitre, dit fidéliser un lectorat… SCOOP: J’ÉCRIS POUR ÊTRE LUE (entre autres).

Voilà, un énième ajustement. Je me donne le droit de changer d’avis quand je veux, je tâtonne, j’expérimente, selon mes impressions du moment, essayant de démêler entre intuitions justes ou choix dictés par mes blessures et mes peurs… Comme la vie ;-)

Et, notion un peu nouvelle pour moi, mais… En faisant confiance en mes ressentis, je peux laisser les autres gérer leurs propres ressentis, aussi !