C’est ce soir, seulement ce soir, que la tristesse m’étreint. Il m’aura fallu trois jours.

Que s’est-il passé, pendant ces trois jours ? J’ai joué à mon jeu préféré, celui qui m’empêche d’être vraiment touchée, de vraiment me connecter à la douleur des autres. J’ai joué à l’observatrice.

J’ai observé, les réactions, les émotions, les analyses. Ce qu’on partage, ce qu’on affiche, ce qu’on commente, ce qu’on instrumentalise. Je ne dis pas cela avec mépris, je m’inclus dans le lot. Je me suis beaucoup observée.

Les seules choses que j’ai évitées, ce sont les images. Je n’ai pas regardé les images.

Nous sommes tous à la recherche du bonheur, non ? Mais alors, dans quelle sorte d’enfer sur Terre vivent ces hommes dont la recherche du bonheur induit d’aller se faire exploser en tuant le maximum de gens ?

C’est une question que, franchement, je n’ai guère envie de me poser. Par contre, il y a une autre question… Pas forcément plus agréable…C’est quoi, mon enfer sur Terre à moi ? Comment est-ce que j’y contribue ? Qu’est-ce que je peux faire pour le changer ?

Ce que je dis est un peu métaphysique… Bah, je suis comme ça. Un peu métaphysique.

Que fait un écrivain ? Il écrit. Alors j’écris.

Je ne vais pas écrire sur ce qu’il s’est passé vendredi dernier, je serais bien incapable de trouver des mots justes.

Je vais écrire sur la noirceur, l’obscurité, les bourreaux, les victimes, la manipulation, l’endoctrinement… Les méchants, quoi. Voilà, ce sera le thème de mon prochain roman, je vais écrire un livre sur les méchants. Je ne vais pas aller jusqu’à écrire sur la barbarie, la guerre, la mort. Non, sur certains sujets, vraiment, je passe mon tour. Encombrer mes pensées et mon art de choses macabres et trop lourdes à porter pour moi est la dernière de mes envies.

Je vais écrire sur les méchants, mais bien sûr, ce sera léger et drôle. Parce que c’est comme ça que j’écris, léger et drôle. Parce que c’est ainsi que j’aime voir la vie, légère et drôle. Même si des fois, c’est tout sauf léger et drôle.

Et pour écrire sur les méchants, devinez de qui je vais m’inspirer…

MOI !

Juste avant les attentats, vendredi soir, j’ai écrit un billet de blog très introspectif et centré sur ma personne. Le lendemain matin, en me réveillant et en découvrant les actualités, tout cela semblait bien puéril. Petit. Un peu misérable. Il y a des gens qui meurent, et tu parlais de toi ?

Depuis, après trois jours à jouer à l’observatrice distante et déconnectée, je me surprends à penser que… C’est toujours de soi dont il s’agit. Ses réactions, ses blessures réveillées, son interprétation de la réalité, ses effets de miroir.

C’est ce soir, seulement ce soir, que la tristesse m’étreint. Il m’a fallu la lecture d’un poème… Il n’y a rien de tel que la poésie… Ah, si, il y a la peinture, aussi. Et la musique. Et… L’art. Il n’y a rien de tel que l’art… Ah si, il y a les sourires des bébés, aussi. Et les couchers de soleil…

La vie. Il n’y a rien de tel que la vie.

Ce soir, après avoir enfin ressenti toute la tristesse qui ruisselle dans les rues familières de Paris, après m’être enfin connectée à cette part de moi et de l’humanité qui souffre et qui pleure, je décide de continuer à observer. Je n’ai pas trop le choix, de toute façon, c’est comme ça que je fonctionne.

Observer le monde. Observer ce qu’il se passe en moi. Transformer. Transcender. Et y envoyer autant que je sais d’amour et de beauté.