J’ai lu récemment un article d’une mère écrivain et bloggueuse. Un magnifique article (en anglais ici) sur le burn-out maternel. J’étais émue en arrivant à la fin de l’article. Puis j’ai vu dans quelle catégorie l’article était classé, et l’émotion a pris une nouvelle dimension.

“Oversharing is my talent.”

C’était le nom de la catégorie. “Trop partager est mon talent.” En français ça fait moche, mais en anglais c’est joli.

Le choc !

Ah bon, on a le droit de dire ça ?? Moi, je m’excuse. J’écris des tartines sur ma dernière prise de conscience quand je réponds à un email qui me demande quel temps il fait, je parle de moi, et… Je m’excuse.

Pourquoi est-ce que je m’excuse ? Un jour, on a dû me dire d’arrêter d’être prétentieuse, d’arrêter de tout ramener à moi… Comment, au juste, ma propre vie pourrait-elle tourner autour d’autre chose que de moi-même ?

Non seulement je m’excuse, mais je me censure, aussi, beaucoup. Ça c’est trop personnel. Arrête de raconter ta vie on s’en fout. Trouve-toi une cause plus noble que toi-même. Les gens vont te fuir (encore…) si tu parles trop de toi. Ça va les faire flipper. Ils ne vont rien comprendre à ton charabia existentialiste. Ils vont se sentir jugés et tu vas les blesser. PLUS PERSONNE NE VA T’AIMER TU PUES !

Je m’interdis de parler de moi, mais j’adore lire la vie des autres. Ah, oui, j’adooore connaitre la vie des autres.

Dans le métro, je suis cette fille, là, qui regarde les gens. J’aime bien observer les postures, les allures, les tics. Je suis cette fille qui lit du coin de l’oeil ce que le voisin lit, qui écoute les conversations d’illustres inconnus et rigole quand c’est drôle… Je n’aime pas trop interagir, juste observer. Je n’aime pas trop non plus croiser les regards, mais ça tombe bien, les gens lèvent rarement le nez les uns vers les autres.

Je lis les blogs personnels, les biographies, je regarde les vidéos youtube de gens qui racontent leur vie, les interviews de gens même pas célèbres parce que la célébrité je m’en fous, j’adore savoir ce que d’autres ont vécu, comment ils en sont arrivés là, et où, et pourquoi.

En fait, plus c’est personnel, plus c’est inspirant pour moi. Le “professionalisme” de la chose ne m’importe guère. Ma seule limite est celle de l’intimité : je ne m’intéresse qu’à ce que les autres veulent bien partager. Je n’irai pas fouiller.

Mais parler de moi… Oulala… Je suis qui, pour me la raconter de la sorte ? Et si personne ne lit ce que je raconte, suis-je un caca narcissique égocentrique à qui il convient de rappeler sa condition de caca en ne lisant pas ce qu’elle raconte ?

Stop.

Ce monde-là commence à me fatiguer. Je décrète officiellement, par écrit, aujourd’hui, veille de 2016, que je prends ma vie en main, et que je choisis de changer mes croyances.

Oui, ce ne sont que des croyances. Un paradigme de jugements dans lequel j’ai grandi et qui continue de m’imprégner… Mais ce ne sont que des croyances. Rien d’insurmontable. Rien que je ne puisse changer. Le monde est ce que j’en fais. Quoi d’autre, franchement ? Je peux suivre mes élans de partage, avec confiance et bienveillance, en arrêtant de les décortiquer pour en faire une liste (longue comme un rouleau de PQ fraichement déroulé par mon fils de 3 ans, une de ses grandes passions) de tout ce qui ne va pas, et pourquoi, et comment je ferais mieux de me taire et de retourner sous la couette de mon petit lit douillet…

Ok, alors, comme cette bloggueuse dont le talent est de “trop partager”, je vais m’accorder le droit de nommer mon talent…

Voilà, je suis talentueuse de lire en moi-même et de le transmettre en mots. Ça s’appelle l’introspection. Je sais le faire pour des personnages fictifs inspirés de tout ce que je vois et vis, aussi. Ça s’appelle… Être écrivain.

Comme tout talent, il se travaille. Il y a des ratés, parfois. Oui oui, je fais des erreurs. Oui, des fois, je saoule, je blesse, je suis à côté de la plaque… Je travaille mon talent. C’est ma vie. Ce sont mes choix. Je suis mes choix. Je n’ai pas à m’en excuser. Alors en 2016, j’arrête de m’excuser d’être !

Transmuter. Transcender. Partager.