Le moment présent, pour l’écrivain, est-ce possible ? C’est un dilemme auquel je me retrouve confrontée, souvent. Je crois l’avoir surmonté, et il revient, à chaque fois. Je ne sais pas trop quoi en faire.

moment présent et écrivain, le dilemme de l'écriture

L’écriture comme méditation

Pour moi, comme pour beaucoup d’écrivains j’imagine, l’écriture est une sorte de méditation. L’état dans lequel je suis lorsque j’écris n’a rien de magique, ni d’extraordinaire, c’est juste un état de concentration et de calme, avec mes pensées focalisées sur mon texte. C’est en cela que c’est méditatif : le brouhaha de pensées, qui d’ordinaire m’assaillent de toute part, se calme. Mon esprit est dirigé dans une seule direction, l’écriture. Cet aspect méditatif est présent pour n’importe quelle activité demandant de la concentration sur un seul sujet (musique, sport, tâche mentale ou manuelle, etc).

L’écriture comme technique créatrice

Cela va plus loin. L’écriture est créatrice. Combien de fois des choses que j’avais écrites se sont-elles matérialisées dans ma vie, parfois de manière subtile, d’autres fois de manière complètement dingue ?

Le dernier exemple en date : l’une des héroïnes de mon deuxième roman est une architecte à son compte, maman de 2 enfants et vivant à Londres. Quelques jours après m’être remise à l’écriture de ce roman, en commençant par ce personnage comme narratrice, une architecte m’a contactée pour la création de son site internet (je suis également webdesigner), car elle souhaite se mettre à son compte. Oh, petit détail, elle a deux enfants, et elle vit à Londres.

Un peu gros, non ?

Autre exemple : un de mes débuts de premiers romans de jeune adulte était une histoire de science-fiction. Il y avait une base militaire, que j’avais nommée Stela, siège d’expériences secrètes, avec notamment une histoire de dégazage nocturne pour contrôler la population, qui du coup devait rester enfermée dans une forteresse… Je vous épargne la suite.

Bien plus tard, dans le cadre de mes études, j’ai fait un stage d’analyse chimique, dont l’intitulé était : « Etude du dégazage potentiel en acide cyanhydrique de la Station STELLA (Station de Traitement des Effluents Liquides Actifs) ». (Vous remarquez que pour un acronyme exact, il aurait fallu l’appeler la station STELA)

Vous trouvez ça un peu gros ? Moi aussi.

Et vous savez c’est quoi, le plus dingue ? Je n’ai remarqué cette coïncidence assez frappante que des années après la fin de mon stage !

De tels exemples, j’en ai beaucoup. Notamment, pour mon premier roman Parfois l’Ange se tait, j’ai attribué des rêves à mes personnages, dont la plupart ont fini par se réaliser pour moi, alors qu’en les écrivant je ne les avais pas tous conscientisés comme mes propres rêves !

Bien sûr, lorsque j’écris, mon subconscient s’exprime (ou quelque chose dans le genre), ce qui peut se révéler très intéressant avec le recul.

Mais je crois aussi que l’écriture est une technique de visualisation créatrice puissante. Je fais donc attention, très attention, à ce que j’écris.

Et il en va de même pour la lecture : j’essaie de faire attention à ce que je lis. Enfin, ça n’empêche pas quelques incidents, dont un dont je suis à peine en train de me remettre…

Moment présent et lecture

Je vous raconte tout ça parce que pour moi, la lecture est une condition indispensable à l’écriture.

Je me suis donc remise à la lecture de romans, en tous genres. Je suis ravie d’avoir retrouvé cette vieille passion, l’évasion dans d’autres univers… Jusqu’à cet « incident » la semaine dernière.

J’ai lu une trilogie romantique. « Lu » n’est pas le terme adéquat. J’ai dévoré les trois tomes, je n’ai fait que lire pendant quelques jours. Tout le reste (écriture, projets, correspondances, sommeil) est passé à la trappe. J’étais complètement accro. Et depuis que j’ai fini, je me sens en manque.

Autrement dit : je me sens mal.

Ça va, hein. C’est juste que je n’arrive pas à redescendre dans ma vie, à m’accrocher, à me remettre à mes projets, à répondre à mes emails, à être présente avec ma famille. J’ai perdu totalement pied avec le moment présent.

Je ne suis pas en train de dire que je vivais dans le moment présent avant, non plus, juste que ça ne s’est pas arrangé…

C’est d’ailleurs à cause de mon hypersensibilité et de ma propension à la dépendance affective que je ne regarde plus de films ni de séries : ça me fait perdre pied avec la réalité, et j’ai du mal à redescendre. Même un Walt Disney, c’est trop. Je suis une éponge vivante, ce qui est plutôt une bonne chose lorsqu’on se dit écrivain, puisque pour retranscrire le monde la première étape est de l’absorber. Mais j’avais oublié à quel point la lecture d’un simple roman pouvait me faire disjoncter.

Le dilemme de l’écrivain et du moment présent

Le voilà, mon dilemme.

Comment écrire de la fiction, qui ait du succès, qui ait un impact sur les lecteurs, sans gratter chez eux là où ça manque ? Comment divertir sans endormir ? Comment accrocher l’attention, créer du suspense et des personnages attachants, sans rendre les lecteurs accros ? Comment écrire un roman que l’on dévore, mais dont on arrive à la dernière page avec joie, léger mais ancré, heureux de retourner à sa vie ?

Y instiller de la conscience ?

Je ne sais même pas si c’est possible.

Je ne veux pas d’une écriture-évasion. Je veux une écriture-élévation.

Hier soir, après la lecture de quelques pages d’Eckart Tolle dans une tentative de me recentrer, je me suis dit que la lecture de cette trilogie romantique avait eu du bon, finalement, pour m’aider à comprendre ce que je ne voulais pas écrire, même si j’ai dévoré les trois tomes.

Je me suis aussi dit que c’était un peu facile d’accuser des romans pour mon manque d’ancrage. Et peut-être que la prochaine fois, je saurai lire et m’évader sans perdre la conscience du moment présent… Ou juste arrêter de lire des histoires romantiques addictives, et par ailleurs franchement irréalistes.

Heureusement, tous les lecteurs ne sont pas des dysfonctionnels de l’ancrage comme moi, et n’utilisent pas tous la lecture pour s’échapper de leur vie… Peut-être devrais-je tout simplement leur faire confiance, et me contenter d’écrire ce qui, moi, m’élève.

Au fait, je n’oublie pas que je vous dois des nouvelles, je vais écrire un article-bilan pour mon NaNoWriMo ! J’ai été un peu distraite par une certaine lecture… Alors à la place, vous avez eu droit à cet article ;-)

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